L’honneur perdu des PGHM ?

Lettre ouverte aux commandants des PGHM

Messieurs,

Depuis le début du confinement, vous employez des moyens démesurés pour traquer jusqu’au fond des vallées reculées une poignée de pratiquants aguerris de la haute montagne.

Pendant ce temps, des milliers de vacanciers échappent à vos camarades d'armes démunis. Ces insouciants contaminent peut-être – en ce moment même – leurs destinations de loisirs.

A l’entame de la crise, vous avez mené des actions de prévention puis de répression à l'attention du plus grand nombre, nous conduisant à réfléchir sur le sens de notre engagement et sur les conséquences de la poursuite de notre activité. Le message est passé. La plupart d'entre nous a choisi de rester à la maison.

Dès lors, pourquoi persister à mener des opérations de type militaire contre ceux qui continuent de pratiquer en pleine responsabilité et en toute acceptation des risques ? Au nom de quel principe d’égalité, alors que d’autres portions du territoire échappent à la moindre notion de contrôle ?

Car c’est bien en termes guerriers que vous n'hésitez pas à vous exprimer aujourd’hui dans la presse. « Dépose sur les points hauts. Prise en tenaille des vallées. Blocage des itinéraires de fuite, etc. »
Tout se passe bien ? Les petits lapins ne sont pas trop difficiles à capturer ? Vous devez beaucoup vous amuser. Sans oublier de nous infantiliser publiquement avec une belle constance.

Messieurs, vous vous trompez de bataille, vous vous trompez d’objectifs et vous vous êtes trompés d’unité. Vous voulez voir la guerre ? La vraie ? Engagez-vous ailleurs mais, au passage, un conseil : renseignez-vous auparavant sur les risques encourus. Les véritables combattants qui font l’honneur de notre belle armée vous le confirmeront : En opération, les cibles sont un peu moins dociles.

Au fond, pourquoi êtes-vous là ? Et pour reprendre cette vieille expression : « Qui t’as fait roi » ?

Jusqu’en 1956, vous n’existiez pas. Même pas en idée.
Puis vint la tragédie Vincendon-Henry. La faillite des secours. La mort au bout de 10 jours de souffrances et d’abandon au Mont-Blanc. Ainsi naquirent les PGHM.

A partir de cette date, vous avez bénéficié de l’ensemble des savoirs accumulés par des générations de montagnards. Libres et intrépides, les premiers explorateurs s’étaient élancés bien avant-vous à la découverte des sommets. Sans eux, vous ne seriez rien. Par la suite, tous et toutes ont soutenu votre développement avec générosité car votre mission était belle : nous sauver au péril de votre vie.

Aujourd’hui, sur ordre des tenants d'une politique spectacle, vous pourchassez sans relâche les héritiers de l’esprit de nos pionniers. Êtes-vous vraiment persuadés du bienfondé de vos dérisoires parties de chasse ? Peut-être pas. Auquel cas, faites simplement ce que la raison commande lorsque les directives sont absurdes : regardez ailleurs.

Et redevenez ceux que l’on espère dans les pires moments. Ceux qui arrivent lorsque tout est perdu. Ceux que l’on ne finira jamais de remercier. Nos anges gardiens.

Bien à vous,
Bernard Genier
Un montagnard

PS: En Suisse, grand pays de montagne, on marche toujours ce soir librement, en toute responsabilité.

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